Pourquoi les mustangs finissent à l'abattoir ?

 

On me pose régulièrement cette même question : comment est-il possible que des mustangs sauvages finissent à l'abattoir ?

 

C'est vrai qu'on voit passer, ces dernières années, de plus en plus d'annonces pour sauver des mustangs en partance pour l'abattoir aux États-Unis. Et l'interrogation est légitime : les mustangs ne sont-ils pas censés être protégés ? L'abattage des équidés n'est-il pas interdit sur le sol américain ?

 

La réalité est plus complexe qu'il n'y paraît. Je vais vous expliquer, simplement, les tenants et les aboutissants de cette situation.

 

Un peu de contexte

Les mustangs sauvages vivent sur les terres publiques de l'Ouest américain, gérées par le Bureau of Land Management (le BLM), l'agence fédérale en charge de ces territoires et de tout ce qui y vit, les chevaux sauvages compris.

 

Pour réguler leur population, le BLM a recours aux captures (les roundups), le plus souvent effectuées par hélicoptère. L'objectif affiché est de préserver les ressources des terres en prélevant un certain nombre de chevaux. C'est une méthode très contestée, y compris outre-Atlantique, mais elle reste aujourd'hui l'outil principal de l'agence.

 

Une fois capturés, les mustangs sont transportés vers des enclos gérés par le gouvernement, puis proposés à l'adoption. Le tarif d'adoption est volontairement bas (à partir de 125 $) précisément pour encourager les gens à les accueillir.

 

Le problème, c'est que ce système ne suffit pas. Adopter un cheval né sauvage demande de l'expérience, du temps et des installations adaptées ; certains, aussi, considèrent encore les mustangs comme des chevaux « au rabais ». Peu de familles s'y engagent. Résultat : les enclos débordent. Aujourd'hui, ce sont près de 63 000, auxquels s'ajoutent des ânes qui patientent dans ces structures, faute de foyers.

 

Et c'est là que la question du coût entre en jeu. Entretenir un mustang à vie dans les enclos fédéraux revient à environ 24 000 $/ mustang, une charge supportée par le contribuable américain. La prise en charge de ces chevaux engloutit aujourd'hui près des deux tiers du budget du programme. Autrement dit : le système actuel est à bout de souffle, financièrement autant qu'humainement.

 

Le lien avec l'abattoir

Pour comprendre comment des mustangs se retrouvent à l'abattoir, il faut remonter à 2019. Cette année-là, pour tenter de désengorger ses enclos, le BLM lance le programme AIP (Adoption Incentive Program) : une prime pouvant aller jusqu'à 1 000 $ versée à chaque personne adoptant un mustang sauvage.

 

L'intention de départ était bonne: accélérer les adoptions. Mais l'incitation financière a créé une faille.

Un adoptant pouvait récupérer plusieurs chevaux, toucher la prime, attendre un an d'obtenir le titre de propriété définitif… puis revendre l'animal dans une vente aux enchères de bétail. Là, ce sont souvent les marchands travaillant pour les abattoirs, les "kill buyers" qui rachètent les chevaux à bas prix, quelques centaines de dollars. Entre la prime encaissée d'un côté et la revente de l'autre, l'opération pouvait devenir lucrative : c'est cette mécanique qui a rendu la dérive possible.

 

En 2020-2021, les associations de protection ont constaté une hausse inquiétante du nombre de mustangs dans le circuit de l'abattoir. Les médias ont pris le relais et enquêté (le New York Times en tête), et le lien entre le programme AIP et ces chevaux s'est dessiné clairement.

 

Une fois achetés par les kill pens, ces mustangs partent vers le Mexique ou le Canada, les États-Unis n'autorisant pas l'abattage des équidés sur leur sol. Les délais pour les sauver sont extrêmement courts, 72h en moyenne, ce qui rend le travail des associations, qui tentent de les racheter avant le grand départ, aussi vital qu'éprouvant.

 

Où en est-on aujourd'hui ?

Il y a du nouveau, et c'est une bonne nouvelle : en mars 2025, un tribunal fédéral du Colorado a mis fin au programme AIP, jugeant qu'il n'avait pas respecté les procédures légales requises et qu'il avait, de fait, alimenté la filière de l'abattoir.

La prime de 1 000 $ n'existe donc plus.

 

Mais le problème de fond, lui, demeure. Les enclos restent saturés (plus de 60 000 chevaux), les tarifs d'adoption restent volontairement bas pour tenter de les vider, et surtout : une fois qu'un mustang est titré, il sort de la protection fédérale. Rien n'empêche alors légalement son propriétaire de le revendre aux enchères, où les mêmes courtiers continuent d'opérer. La porte vers l'abattoir n'est pas refermée; elle est seulement moins grande ouverte qu'à l'époque de l'AIP.

 

C'est pourquoi les associations se battent aussi sur un autre front : le SAFE Act, un projet de loi qui interdirait définitivement l'abattage des équidés américains ainsi que leur export vers le Mexique et le Canada à cette fin.

Régulièrement redéposé au Congrès, il rassemble aujourd'hui un large soutien bipartisan, mais n'a toujours pas été adopté, une tentative de l'intégrer au Farm Bill de 2026 ayant échoué au printemps dernier.

 

Et notre mustang Loki dans tout ça ?

C'est ce sujet qui m'a bouleversée, et qui a fini par tout changer pour moi. Il y a quelques années, j'ai décidé de sauver un jeune mustang de l'abattoir : Loki, à peine deux ans dans un kill pen, lui aussi passé par ce système. Son histoire, je continue de la raconter ici, parce que derrière les chiffres, il y a des individus, et parce que sensibiliser, c'est déjà agir.

 

Le sujet est complexe, parfois décourageant. Mais comprendre ces mécanismes, c'est le premier pas pour espérer les changer. 

 

Pour plus d'informations à ce sujet, vous pouvez consulter : 

L'article du New York Times 

La vidéo de Skydog Sanctuary à ce sujet 

 

Bonne lecture, 

 

Mary

 

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